Le Nouveau Genie Du Poker

Jun 15, 2019 15:39 · 849 words · 4 minute read poker

Génial ! Je me sentais tout simplement génial ! Pourvu d’un don, je pouvais jouer sur toutes les tables de poker du monde et en ressortir toujours vainqueur. Après l’application d’une nouvelle hygiène de vie, 6 caves de gains étaient arrivées dans ma bankroll. Dans ma tête, il était déjà question de donner des conseils à Negreanu et Ivey.

J’en rajoute surement un peu mais c’était pas très loin de la vérité. J’étais véritablement sur un petit nuage. J’avais conscience que j’étais en plein run good mais c’était très satisfaisant d’avoir un jeu aussi facile. Je touchais absolument tous les flop. J’étais très confiant dans mon jeu. Je l’étais parfois trop.

Cette prise de confiance influença très largement mon jeu lorsqu’arriva un downswing monstre. Je ne sais même pas si downswing est un mot approprié. Peut-être que c’était un run normal qui se déroulait sous mes yeux. Dans un premier temps, je trouvais normal de me prendre des setups. Que villain paye mes bluffs, pas de problème. Que la river donne les nuts à villain alors qu’il n’avait rien jusque là, pourquoi pas. Logiquement parlant, il n’y a rien de surprenant à ce que cela arrive : deux pour cent de chance de toucher sa carte à la river, ce n’est pas rien. C’est lorsque cela arrive trop souvent que cela devient tiltant.

Je pense que j’étais pris d’un tilt d’injustice. Malheureusement, je n’ai pas le premier livre de Tendler sous la main et je n’ai pas la définition exacte de ce que lui considère comme étant un tilt d’injustice. Dans les faits, je me disais constamment que puisque je travaillais mon jeu en dehors des tables, que j’avais une bonne hygiène de vie et que je “suis meilleur que lui”, le pot me revenait de droit.

Inutile de ressortir les phrases du monde du poker qui nous font tous sentir coupable lorsqu’on les entend. J’aurais dû garder un jeu propre, en ligne avec tout ce que j’avais appris. Ainsi, j’aurais perdu le minimum. Au lieu de ça, il m’est arrivé de gambler et de jouer le tout pour le tout. Perdu entre la conscience logique et le cerveau du joueur qui n’est là que pour ressentir des frissons, quitte à allin toutes les mains qu’il reçoit. C’est un extrême bien évidemment et je ne suis pas arrivé à ce point-là. Par rapport à mon jeu habituel, je me suis vu de cette manière.

Cela fait aujourd’hui une semaine que j’ai perdu les 6 caves que j’avais gagnées et que je suis revenu à un niveau break-even. Une semaine aussi que je n’ai pas joué. Est-ce que j’aurais dû faire moins de mains lors de mes sessions ? Non, je ne pense pas. Est-ce que j’aurais dû quitter mes sessions lorsque j’étais gagnant ? Non, je ne pense pas non plus. Est-ce que j’aurais dû quitter mes session lorsque je sentais que mon palier de sensations nuisibles était atteint ? Oui, très probablement. Et c’est ce qui rend le poker si compliqué : il est très difficile de quitter les tables, même lorsqu’on doit véritablement le faire et qu’on en a conscience. Cela demande une très grande discipline, souvent écartée d’un revers de main au profit d’un “je vais me refaire” ou encore un “allez, un dernier tour de table, on ne sait jamais”.

Ce qu’il faut retenir c’est que prendre conscience des up et des down swings est important. Il faut toujours avoir une vision alerte de son jeu et sur la dynamique des tables. Je ne pense pas que les reproches que l’on se fasse à soi-même soient réellement constructif. Au contraire même. Cela donne un sentiment de culpabilité, capable de nous écarter des tables car nous ne nous sentons pas assez légitimes de jouer. (Cette phrase est assez drôle dans son genre : sans l’avoir su de manière consciente, je me suis demandé si j’étais encore assez légitime pour pouvoir jouer. Rien de plus ridicule !).

Allez, il est temps de se ressaisir : que vais-je faire prochainement ? Continuer une bonne régularité dans le volume de mes mains. Une semaine sans jouer est beaucoup. Il n’est pas non plus question de rattraper ce retard. Trop jouer peut amener à une saturation et donc à un C-game.

Techniquement parlant, je vais continuer à travailler mon jeu comme je le fais déjà : re-visionnage de mes mains avec prise de notes, visionnage actif des vidéos de Kill Tilt et des Masterclass de Negreanu et Ivey en support. Je reçois prochainement le livre “Easy game” de Andrew Seidman. Tous les types de critiques à propos de ce livre me sont passés sous les yeux. Je veux m’en faire une opinion par moi-même. De plus, je ne pense pas que ça soit mauvais d’avoir un livre technique sous la main. Avec ceux de Tendler, je commence à avoir une bibliothèque poker intéressante.

J’avais perdu un peu de motivation mais écrire ce post a été une bonne chose. Cela m’a permis de prendre du recul sur mon jeu. Prochaine étape : prendre du plaisir dans ce que je fais !

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